3 fevrier.
Lendemain de mon arrivee.
Pas vu grand chose ce jour la. Un peu panique cette entree en scene. Apres avoir change les 40euro que je transportai. Je franchis la porte principale et ca y est.
Blanc.
J'ai perdu mon texte.
Personne pour souffler, la, c'est sur.
Dans ces cas la on improvise. Ce qui se transforme vite en un pietinnage le long de la facade d'aeroport.
La scenorgraphie je l'ai pas vraiment eue. Alors mes deplacements, je les ai fait a tatons. Quelques essais mal-aises dans un sens et dans l'autre.
Le texte, c'etait pas la bonne langue. J'avais un traducteur, mais il a franchement besoin de mises a jour.
Tout en impro alors. Sans avoir rencontre l'equipe avant bien sur.
La place grouille bien que nous soyons fort eloignes du centre. D'innombrables taxis affleurent, ainsi que tous genre de vehicule avec ou sans moteur. Ce blanc survient avec les memes intentions que celui qui te prend sur le plateau theatral. Quoi que moins exposif. Ce blanc s'empare de tes capacites cognitive et fait disparaitre ta memoire.
Tu es la. Tu ne sais pas comment quoi faire.
Oui.
Quoi ? Tu cherches ce que tu es cense faire parallelement a comment le faire.
Aucune reponse du QG. Les elements reagissent donc individuellement dans un programme mineur de survie.
J'ai un numero de telephone.
Une petite heure pour trouver une cabine, et dix minutes sans signe de fonctionnement d'un tel numero.
On cherche donc internet pour avoir des instructions du contact.
Pas internet dans l'aeroport. Il faudra donc aller en ville.
Refuser les taxis devant l'aeroport, trouver du premier coup le bus qui rejoint la place centrale de delhi.
75 roupies et 45min de trajet. Traverser des etendues de routes bordees de bidonvilles, baches tendues et taule installees tant bien que mal aux vestige d'immeubles abbatus, monticules de dechets, vendeurs d'epices, boissons et fruits secs ou autre denree conservable. Aux feux rouges, un enfant equipe d'une eponge et d'un petit seau vient frotter les vitres. Il a plus encrasse la voiture qu'autre chose tellement son eponge est noire, mais on lui donnes quelque petites pieces. Les decombres de multiples travaux ont ete systemetiquement repoussees contre les anciennes decombres ou en de nouveaux tas, talus, collinnes...
Un paracetamol 500 contre les premiers maux de tete.
On descend la, Connaught place.
La chance est surement passee par la, avec ce type qui me dirige vers un etablissement touristique. On m'y amene en entrant dans un labyrinthe d'immeubles, les habitations sont superposees en patchwork de ciment arrange sur les fondations et charpentes croulantes.
Le proprietaire m'accueille et m'offre un the.
Muet comme un enfant chez le docteur, je m'asseois. A part quelque questions ( viens d'ou ? pour etudier ? combien de temps ?), un silence tranquile reigne. (mis a part le rafut constant au dehors).
Il m'offre un plan de Delhi, ecoute attentivement mes bafouillements incontroles a propos de "trouver internet", essayer de "contacter quelqun qui va m'heberger"... L'homme en question, apres un petit echange, se trouve connaitre couchsurfing, et etre le pere d'un gars que j'avais contacte par le site, et qui ne pouvait m'heberger dans les premiers jours.
Son collegue m'emmene ensuite dans un cybercafe pres de la. Une boutique de 20m2 equipee de quelques vieux ordinateurs. J'envois un mail au contact qui me donne par la suite des instructions pour venir chez lui.
Mission : sortir du labyrinthe, trouver l'entree du metro ( ce qui ne fut pas aise), trouver la bonne ligne et sortir au bon arret, de la, rejoindre le secteur 31, block A, appart 113, 2eme etage. Depuis la station, c'est un velo avec banquette qui m'emmene a ladite maison.
Apres 30 bonnes minutes de recherche (impossible de comuniquer), trouver la bonne maison, monter, etre accueillis, et ooouuuf, Respirer.
Tout cela est bien plus complique qu'il apparait. La ville grouille, immense fourmiliere. J'avais les memes sensations que dans ce film, inception, un etranger dans le subconscient d'un autre. Tous les regards covergent vers moi. Je ne me sens pas nis a nu, mais habille de billets de banque. L'anglais qui refuse de ressortir de ma dialectique, et leur patois Anglo-hindou de Delhi, a l'accent swing qui ne distingue pas les D, T, B, H, R... a mon oreille. La dessus, c'est Gaston Lagaffe qui s'est occuppe de la logistique et du rangement... Le resultat est tres... Vivant !
Comme indique dans le precedant message, je n'avais pas encore dormi. Avec mon hote on est sorti voir des amis dans les parages.
Aujourd'hui on a pas fait grand chose. Manger, aller voir les amis...
jeudi 4 fevrier.
J'suis toujours aussi naze en shopping. Avec Rover (l'Hote) On est alle au marche. Je savais meme pas ce que je cherchais exactement, c'etais donc deja pas simple. On a fait un tour, aller et retour, d'etals principalement de fringues, bondes et sinue de vendeurs ambulants d'articles de petite taille. Il y a de l'ambiance, ici aussi ca grouille. Mes yeux legerement desinteresses s'egarent parmi les marchandises. S'attardent sur des couleurs. On en ressort avec un truk qui sert a se masser le crane, un petit manche equipe de tiges de metal un peu souple. Un type a voulu me vendre un superbe fouet tresse de cuir. Un bel objet mais que suis-je donc cense faire avec ? C'est une question que l'on risque de se poser. Sense ?
A propose de Rover, un super CouchSurfer ce gars. On s'est pas mal balade cet apres midi.
"Quoi que t'aies a faire, il te faudra au moins 10km pour y aller" M'a-t-il dit. Et sur 10km, t'as tout juste assez de doigts pour compter les km de bouchons.
Mais ca avance mine de rien. Le traffic fonctionne un peu comme la traversee d'une foule dense a pied. Tout depend du flux par lequel t'es emporte. En voiture on zigzague pas mal entre les vehicules plus lents. D'un certain point de vue, la conduite fait un peu jeux-video.
Freeride dans Delhi mode traffic hyper dense oblige. Pas le droit de toucher aux pietons, surtout pas aux vaches. Ca t'empeche pas de doubler dans n'importe quelle situation. La route est a tout et a tous.On y trouve Bagnole, charettes, trois femmes agees, empilement inconcevable d'elements assortis par le temps, des gamins qui refont le mortier d'un muret ou d'une barriere en plein milieu de l'autoroute, une famille, un engin qui fut roulant delaisse la, un gros arbre, arret de bus surpeuple, un velo transportant des objets de 4m de long, une dalle de beton fixee au sol... Tout autant d'ingredients a melanger et etaler sur toutes surface et routes, en ville, chemins en terre, periph, croisements et bretelles d'autoroutes allant jusqu'a 2X5 voies... On peut se retrouver avec les 3 femmes agees longeant le centre d'une autouroute ou une famille traverse les dix voies et des gamins charges d'enlever un morceau de beton du milieu des voies. Et nous en voiture qui filons a pleine balle dans ce chaos organise.
La routine.
Chronologiquement, il faudra prendre en compte que je date ce que j'ecris pour parler de la veille. Et que meme, des fois, au present, ce sera : aujourd'hui c'est hier. Mais faut pas s'en faire du moment qu'on garde a l'esprit qu'aujourd'hui c'est demain, donc un autre jour et on a pas manque un chapitre.
(J'ai une drole de tache sur le pantalon. Mais c'est pas grave ca)
( Elle est petite. Discret mais visible. tsss)
J'attends juste d'avoir assez de taches pour que ce soit le propre qui tache.
Ici, chronologiquement, je parle demain, meme si pour moi c'est aujourd'hui. Parce que j'ai pas date. En plus, j'ai oublie aujourd'hui, donc je parle apres denain.
On va dire,
avec un peu de retard,
qu'on est samedi 5 fevrier.
Avec du retard oui, puisque je me suis leve a une incertidude approchant des 14h.
Premiere vrai bonne nuit. C'est une renaissance pour moi. Depuis que j'ai pris l'avion, j'avais constament la tete dans le cul. Le cerveau inonde d'une brume indissipable. Toute la journee j'etais comme au reveil d'une cuite phenomenale. Pendant trois jours. Baillant a tue-tete, oblige d'y reflechir a trois fois pour decider si je sors ou pas ma gourde de mon sac.
Mais c'est fini.
Hier soir on est alles a un pub avec quelque amis de Rover. Premieres bieres. Bon ca va, de la budweiser. Pas trop deg'. Un p'ti mojito. Une super ambiance, et une musique de qualite. Donc une tres bonne soiree.
Et une tres bonne nuit. Un petit dej' canette de Nescafe moca froid, banane et cacahuetes caramel.
Pour la premiere fois depuis l'arrivee, (et premier cafe) j'ai aborde le debut de ma journee avec clarte. L'esprit lucide, la memoire, les capacites cognitive et la peche.
Cet apres midi, troisieme fois que je viens faire des courses seul, je m'en suis sorti comme un chef. Je commence a pouvoir mener ma p'tite vie. J'ai pu retirer du cash (je n'avais pas encore verifie et c'est un immense soulagement de pouvoir utiliser ma carte banquaire) et me procurer ce que je cherchais, un lait aromatise et des truks a grignoter pour ce soir et le pti dej de demain. Un rouleau poulet legumes a mager sur place. Hier, ou avant hier, sais pu, on a mange a un petit resto avec Rover et une amie a lui. J'ai goute des choses assez surprenantes. La tendance est d'avoir un petit plat de legumes et\ou de viande arranges, a saisir dans un bout de crepe qui leur sert de pain. Mes papilles sont ravies et en redemandent.
J'aimerai pouvoir vous raconter mais ce que je decouvre sont des choses a decouvrir et tres difficiles a transmettre. C'est un autre monde, une autre planete qu'il faut visiter pour comprendre ou ne serait-ce qu'avoir les mots pour se le definir.
C'est un peu l'anarchie ici. Pas mal meme. Il y a de quoi demontrer qu'une anarchie peut fonctionner, puisqu'ici cela fonctionne. Le mode de vie est empreint de beaucoup de respect, solidarite et anticipation. Vivent et laissent vivre. Sur ces routes si chaotiques ou, aux yeux occidentaux, tout le monde serait nerveux et chauffards. Il n'en est rien. Et on utilise pas le klakson pour gueuler au type devant, qu'est a cheval sur les deux voies, de degager de la, mais pour le prevenir qu'on est la et il se pousse pour qu'on passe.
C'est pour un tel fonctionnement qu'il faut y etre pour y croire et pour comprendre. Notre imagination ne concoit pas ce qui arrive ici.
Et pour moi c'est le pied.
Je projette d'aller bientot dans le sud.
A Goa. J'ai par ailleurs appris qu'il y aura un festival de jonglage la semaine prochaine.
Ensuite, quand la meteo sera plus appreciable au nord qu'au sud, je pense aller vers les montagnes. Rover y a des contacts et il m'y a indique des possibilites interessantes.
Ce n'est pas un affranchissement de quoi que ce soit, mais un etat d'esprit. La Liberte.
Je sens que deux mois vont etre tres courts.